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Conserver l’environnement pour les peuples océaniens: PROE rapport annuel 2003

Le Programme des eaux internationales : transmettre les compétences

Ce programme se distingue, entre autres, par son approche qui consiste à travailler au niveau communautaire. L'un de ses objectifs est d'optimiser l'impact de son action en renforçant les capacités et les compétences du personnel local pour permettre à ce dernier de les transmettre à d'autres. L'impact de cette manière de travailler est aisément perceptible dans les nombreux pays dans lesquels le programme est actif. Les exemples très intéressants que nous avons choisis proviennent des Tonga et de Palau.

Un impact durable aux Tonga

Il a suffit d'organiser un atelier dans un village des Tonga pour faire de grands progrès vers la résolution d'un problème de déchets dans le monde rural et obtenir un impact positif durable sur la qualité de l'eau locale. Situé dans le district de Tongatapu, le village de Nukuhetulu a été désigné village pilote du Programme des eaux internationales aux Tonga. L'un des grands problèmes environnementaux dont souffre le village depuis dix ans résulte de la croissance des volumes de déchets solides générés par les ménages et notamment de la décharge sauvage des ordures ménagères dans les mangroves. « Cette décharge sauvage étouffe les palétuviers, pollue l'eau et crée des dangers pour la santé publique, sans parler de la laideur du site » explique M. Sione Fakaosi, le coordinateur national du Programme des eaux internationales pour les Tonga.
Le problème résulte en partie du fait que le ramassage des ordures ne se fait que dans la ville voisine. Les villages ruraux comme Nukuhetulu sont responsables du traitement de leurs propres déchets. « Mais il n'existe pas de site pour l'élimination des déchets à Nukuhetulu et l'immersion illégale des déchets a commencé vers 1985, lorsqu'une nouvelle route a donné accès à la mangrove » explique M. Fakaofo.


À Nukuhetulu, le Programme des eaux internationales exécute un projet sous gestion communautaire de gestion des déchets. L'efficacité d'un projet de ce type dépend principalement de la participation de la population, non seulement à l'identification des problèmes, mais aussi à l'élaboration de solutions pratiques. L'équipe chargée de la conception du projet de Nukuhetulu a organisé un atelier pour sensibiliser la communauté au Programme des eaux internationales, susciter son engagement et entreprendre des activités de groupe. Le travail en groupe sur l'analyse des causes du problème à amené les villageois à prendre conscience de leur rôle ainsi que de celui d'autres parties prenantes. « Grâce à l'atelier, les participants ont compris que chaque ménage n'est pas seulement affecté par le problème, mais qu'il y contribue également » explique Madame Pelenatita Kara, membre de l'équipe du projet.


Afin d'appréhender l'ampleur du problème et ses caractéristiques, tous les ménages de Nukuhetulu ont ramassé leurs déchets et les ont classifiés. Ensuite, à l'aide d'une analyse participative « nous avons découvert que la mauvaise gestion des déchets solides entraînait la pollution des eaux souterraines, du lagon et de l'océan » dit M. Asipeli Palaki, conseiller technique du projet. La pollution avait donc des incidences directes sur les moyens de subsistance. Dans le passé, la mangrove était une source de nourriture abondante pour les villageois qui y prenaient des mulets, des méduses et des coquillages, mais aujourd'hui ces ressources déclinent rapidement.


Les villageois ont identifié quatre causes de pollution des eaux (Fig. 1) : une mauvaise utilisation des insecticides et des pesticides, l'immersion sauvage des déchets, les déchets d'origine animale non traités et l'immersion des eaux usées par les entreprises et les ménages riverains dans la zone côtière du lagon. Une analyse plus approfondie a révélé un certain nombre de causes fondamentales de l'accumulation et de l'immersion des déchets (voir encadré). Pour Netatua Prescott, qui s'est chargée de l'analyse, « l'identification de ces causes fondamentales a permis aux participants de voir clairement combien ils font partie du problème ». L'analyse des solutions envisageables a ensuite aidé les participants à commencer à penser à des solutions réalistes basées sur leur compréhension des causes fondamentales. « Nous avons organisé un programme de nettoyage avec ramassage des ordures ménagères et des déchets dans la mangrove » explique M. Takapuna Ika, conseiller du village pour le projet. « Les gens ont été très surpris par la quantité de déchets ramassée : près de 30 tonnes dans la zone résidentielle et environ 27 tonnes dans la mangrove. »


Ces initiatives ont des impacts à court et à long terme. « Pour commencer, l'immersion illégale dans la mangrove a cessé » dit Madame Pelenatita Kara. « Mais l'atelier a également permis aux villageois de comprendre qu'ils sont au cœur du problème. Il ne peut y avoir de solution sans qu'ils participent à la conception et à la mise en œuvre de ces solutions. » Le projet présente d'autres avantages parce que le problème de la mauvaise gestion des déchets se pose dans de nombreux villages des Tonga ; le travail effectué dans le village pilote trouvera donc des applications dans tout le pays.

La participation des communautés à Palau

Joseph Aitaro, coordinateur national du Programme des eaux internationales (IWP) de Palau, a participé à un cours de formation des formateurs à Yap, en juillet 2003, avec deux formateurs recrutés localement. À son retour, M. Aitaro a travaillé avec les formateurs de Palau pour appliquer les connaissances nouvellement acquises. « Nous avons effectué l'analyse et la hiérarchisation des problèmes [problem tree] à plusieurs reprises avant de rendre visite aux communautés » déclare-t-il. « Nous avons notamment analysé les questions relatives aux déchets à Palau avec des groupes de discussion d'âges différents. Cet exercice s'est avéré très utile car il nous a permis d'affiner des stratégies d'approche adaptées aux caractéristiques des diverses parties prenantes de la communauté. »


Le groupe de travail national a sélectionné Ngarchelong, dans le Nord du pays, et Madalaii, un hameau de l'État de Koror, pour la conduite des activités pilotes sous gestion communautaire. Le processus de sélection a combiné une analyse SWOT (forces, faiblesses, opportunités et menaces) et l'analyse et la hiérarchisation des problèmes pour chaque communauté. Une fois le processus de sélection achevé, M. Aitaro a organisé plusieurs réunions avec les dirigeants de l'État et les chefs traditionnels des deux sites. « À Ngarchelong, les villageois étaient quelque peu méfiants au premier contact, mais ils sont devenus vraiment enthousiastes lorsque nous avons abordé des questions concrètes et que nous leur avons expliqué que le Programme des eaux internationales était orienté sur l'action pratique. »


Avec le concours de Rose Kip May, formateur IWP, Joseph Aitaro a animé trois réunions avec les communautés afin d'encourager ces dernières à s'impliquer sans réserves. « Dans l'État, le problème des déchets est loin d'être nouveau et ses répercussions se font sentir, tant au niveau social qu'au niveau économique » dit M. Aitaro. « Dans cette communauté, la décharge se trouve sur une petite propriété privée et le propriétaire avait permis aux quelques ménages du voisinage d'y jeter leurs déchets. Malheureusement, c'est maintenant toute la communauté qui s'en sert et cela cause des conflits. Nous avons réuni toutes les parties prenantes pour discuter du problème et le gouverneur de l'État, M. Browny Salvador, qui est persuadé de la nécessité de faire participer les communautés, a également pris part. »


« Nous avons effectué un nouvel exercice d'analyse et de hiérarchisation des problèmes et les villageois ont été étonnés de constater qu'ils possédaient beaucoup de connaissances en la matière » dit M. Aitaro, « au point que notre plus grande difficulté résultait de leur enthousiasme. Lorsqu'on fait un exercice d'analyse et de hiérarchisation des problèmes, le plus difficile est d'arriver à ce que les participants se concentrent sur le sujet et l'aspect le plus encourageant a été de constater que toute la population partageait une même vision de l'avenir de son environnement. »


« Les anciens n'ont pas fait d'études mais ils ont une compréhension unique des écosystèmes » remarque M. Aito. « Quand nous avons parlé de déchets, ils ont fait remarquer que les problèmes ne se limitaient pas à la décharge. Et les zones côtières ? Cette décharge est en train de contaminer notre bassin hydrographique car elle se trouve en amont du littoral. Les jeunes se concentraient sur les déchets mais les anciens comprenaient que les déchets ne sont qu'un des éléments du problème. »


La communauté est maintenant en train de réfléchir aux possibilités de recycler certains déchets, de les trier et de faire des efforts pour en réduire le volume. « Ceci exige la participation de tous les ménages au triage des déchets » précise M. Aitaro. « Ceci nous permet également de recueillir des données sur les volumes de déchets qui sont produits et de voir ce que nous pouvons réutiliser, comme par exemple, les boîtes en aluminium que nous pouvons recycler.


« Mais l'impact qui est de loin le plus important, c'est la confiance en soi que ressentent maintenant les villageois » conclut M. Aitaro. « L'analyse et la hiérarchisation des problèmes leur ont permis de réaliser qu'ils partagent une même vision de l'avenir de leur environnement. Maintenant, lorsque des experts leurs rendent visite, ce sont les villageois qui leur demandent « Que pouvez-vous faire pour nous ? » et non plus les experts qui demandent « Que pouvons-nous faire pour vous ? »

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