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Conserver l’environnement
pour les peuples océaniens: PROE rapport
annuel 2003
Les cétacés,
ça mange combien de poisson au juste ?
Récemment,
l'industrie de la pêche se plaint de plus en plus souvent que, dans
le Pacifique, les cétacés viennent se servir à déjeuner
sur les palangres chargées de poisson de leurs palangriers. La
pêche à la palangre se généralise dans la région
et les plaintes se multiplient.
Le PROE assume un rôle de leader dans l'évaluation de l'impact
des cétacés sur les stocks halieutiques et la recherche
des moyens de minimiser cet impact sur la subsistance des pêcheurs
du Pacifique Sud. Avec le concours de l'Oak Foundation, de la Commission
américaine pour les mammifères marins et de l'aquarium de
Nouvelle-Angleterre, le PROE a distribué un rapport très
important basé sur les résultats d'un atelier innovateur
consacré aux interactions entre les cétacés et la
pêche à la palangre dans le Pacifique. Des pêcheurs
et des représentants de sociétés de pêche internationales,
des biologistes spécialistes des cétacés et des technologues
du matériel de pêche ont étudié ensemble le
phénomène de la prise de poissons accrochés aux palangres
par les petits et moyens cétacés. Pour M. Job Opu, Chargé
de projet – Espèces marines au PROE et l'un des organisateurs
de l'atelier : « Cette réunion aura servi les intérêts
de la conservation marine, non seulement pour la région, mais aussi
pour le reste du monde. »
Les travaux commandités par le PROE en préparation de l'atelier
ont montré que des cétacés prennent des poissons
accrochés aux palangres dans le monde entier. Il n'y a là
rien de nouveau puisque ce phénomène est observé
depuis au moins 50 ans. Les grands cétacés n'impactent pas
réellement sur les pêcheries commerciales dans la région
du Pacifique Sud (Fig. 1) ; cependant, ces animaux risquent d'être
eux-mêmes pris par les engins de pêche. L'atelier a également
permis de trouver des méthodes permettant de limiter les possibilités
pour les petits cétacés de prendre les poissons accrochés
aux palangres (voir encadré 1).
De nombreux grands cétacés viennent se reproduire dans le
Sud de l'océan Pacifique, qui abrite également un certain
nombre de pêcheries de haute valeur, notamment les thonidés.
On constate actuellement un fort déclin de la plupart des peuplements
de cétacés de la région et certains craignent que
ces animaux ne nuisent aux pêcheries si leurs peuplements reviennent
aux niveaux du passé. Selon M. Dan Goodman, porte-parole de l’Institut
de recherche sur les cétacés de Tokyo : « La création
d’un sanctuaire baleinier pourrait avoir des impacts adverses importants
sur les ressources halieutiques car il offrirait une protection excessive
et inutile aux cétacés qui consomment de grandes quantités
de ressources marines vivantes ».
En fait, les travaux du PROE permettent de démontrer que ce n'est
pas le cas. La plupart des grands cétacés se nourrissent
de petits crustacés connus sous le nom de krill en filtrant l'eau
de mer grâce à leurs fanons. Aucun rapport ne mentionne la
consommation de thon par les grands cétacés dans le Pacifique
Sud. Les cétacés à dents, plus petits, prennent effectivement
des poissons accrochés aux palangres comme partout ailleurs dans
le monde, mais leur impact est très faible. Tim Lawson, du Secrétariat
de la Communauté du Pacifique, estime que ces cétacés
prennent environ 0,8 % des poissons accrochés. « C'est à
dire que la consommation de poisson par les cétacés sur
les palangres est nettement inférieure à celle des requins
» explique-t-il. Pourtant, l'industrie de la pêche considère
que les cétacés constituent une menace.
Pour M. Mike Donoghue, du ministère néo-zélandais
de la conservation : « Nous devons trouver des moyens permettant
aux pêcheurs de ne pas subir de pertes économiques tout en
évitant de faire du mal à ces animaux marins très
spéciaux ». Avec Job Opu et ses collègues, Greg Stone,
de l'aquarium de Nouvelle-Angleterre, et Randall Reeves, du groupe des
spécialistes des cétacés de l'Union internationale
pour la conservation de la nature, M. Donoghue oeuvre en faveur du développement
et du soutien de cette idée. « Il est urgent de faire des
recherches sur les interactions entre les cétacés et la
pêche à la palangre en Amérique du Sud (y compris
aux Îles Malouines), en Afrique du Sud, en Alaska et en Indonésie,
ainsi que dans le Pacifique Sud » explique M. Stone.
Pour M. Opu : « On peut comprendre que les pêcheurs à
la palangre soient hostiles aux cétacés après avoir
perdu une partie de leur prise, mais cette réaction va précisément
dans le mauvais sens. Nous devons apprendre à reconnaître
et à accepter que diversité et abondance sont des indicateurs
de la santé des écosystèmes marins. »
Encadré 1. Méthodes
permettant de minimiser les possibilités pour les petits cétacés
de prendre les poissons accrochés aux palangres
- contrôler le bruit du navire et des engins de pêche, grâce
à une conception et à une navigation adaptées
- réduire le bruit au minimum en route pour les zones de pêche
et pendant les opérations de pêche (éviter d'utiliser
l'échosondeur, réduire le bruit du treuil et de l'hélice)
- envisager de changer de saison, d'engins ou de zone de pêche,
ou pêcher à des heures différentes
- éviter les points chauds, c'est-à-dire les endroits
où se rassemblent les cétacés
- détecter la présence de prédateurs potentiels
(visuellement ou acoustiquement) avant de poser les palangres ou de
les remonter et éviter de pratiquer ces opérations lorsque
des cétacés sont présents
- suspendre ou retarder la remontée si l'on constate des déprédations
- améliorer la capacité des pêcheurs à identifier
les espèces
- éviter l'amorçage ou le rejet de déchets de
poisson aux alentours des zones de pêche
- encourager les pêcheurs à mettre en commun leur expérience
des mesures palliatives et leurs préoccupations concernant les
déprédations
- utiliser des bateaux leurre pour attirer les cétacés
au loin de la zone de pêche
- poser des engins de pêche factices pour tromper les cétacés
et les écarter de la zone de pêche
- encourager les scientifiques et les observateurs à se joindre
à des expéditions de pêche pour prodiguer des conseils
spécialisés sur l'identification des espèces et
sur leur comportement
Table
des matières
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